À Montréal, on pense souvent aux «ponts de la Rive-Sud» lorsqu’il s’agit des ponts locaux. On parle beaucoup du pont Jacques-Cartier et du pont Victoria, souvent qualifié à tort de premier pont de Montréal. Mais qu’en est-il des ponts situés au nord de l’île ? Voici l’histoire fascinante de la construction du pont Lachapelle, à découvrir sur montreal-future.com.
La concurrence entre meuniers

Le premier pont à traverser la rivière des Prairies fut le pont Lachapelle, situé au nord de Montréal. Pourquoi construire un pont à cet endroit précis ? Tout simplement parce que cette rivière est plus étroite que le fleuve Saint-Laurent, rendant sa traversée plus facile et moins coûteuse sur le plan technique. Le pont Lachapelle fut inauguré en 1836.
L’histoire de sa construction est fascinante.
Sur la rivière des Prairies, plusieurs entrepreneurs exploitaient des traversiers hippomobiles reliant les deux rives, souvent séparées par moins d’un kilomètre. Parmi eux se trouvait Pascal Persillier dit Lachapelle, propriétaire d’un traversier et d’un moulin à Gros-Sault. En raison d’une rivalité acharnée avec un autre meunier, Lambert Dumont, Lachapelle soumit une demande aux autorités pour obtenir l’autorisation de construire un pont à péage à cet emplacement stratégique.
Ayant obtenu cette autorisation en 1834, le pont en bois fut enfin ouvert le 20 juillet 1836, pour un coût de 8 300 dollars. Une grande fête suivit la bénédiction du pont par Joseph-Vincent Quiblier, supérieur du Séminaire Saint-Sulpice, et dura jusqu’au petit matin. Ainsi naquit le pont Lachapelle.
Le premier pont en bois

Ce pont favorisa le développement des villages de Cartierville, sur la rive montréalaise, et d’Abord-à-Plouffe, du côté de Laval. Grâce au pont, Lachapelle n’avait plus besoin des traversiers pour attirer ses clients à son moulin de Gros-Sault. Il encouragea même les habitants de l’île Jésus à traverser le pont pour se rendre à son moulin, au grand dam de son concurrent, Lambert Dumont, qui l’accusa de concurrence déloyale.
Un an après l’ouverture du pont, Lachapelle faillit incendier sa propre création. En tant que leader du mouvement patriote local, il envisageait de détruire le pont pour empêcher les troupes britanniques de passer. Toutefois, les Britanniques traversèrent finalement la rivière sur la glace, épargnant ainsi le pont. À l’époque, les ponts étaient construits partiellement en bois et en pierre.
En 1860, le pont fut vendu par la succession Lachapelle à un prêtre récollet, puis revendu à une compagnie de péage.
Un nouveau pont métallique à console

En 1882, le vieux pont en bois fut remplacé par un pont en fer de type « dos de chameau ». Les années 1930 furent marquantes pour les infrastructures de Montréal, avec l’inauguration du pont du Havre, rebaptisé Jacques-Cartier, ainsi que du pont Viau et du nouveau pont Lachapelle. Cependant, une confusion persiste quant au nom de ce dernier, certains le nommant « pont Legault », tandis que d’autres l’appellent « pont de Cartierville ».
Le nouveau pont se distinguait par son style néoclassique, avec des pilastres à l’entrée souvent couverts de graffitis. Il s’agissait également du premier grand pont au Québec utilisant une structure en poutres triangulaires construites par encorbellement.
Ce pont à console, construit par Dominion Bridge, mesurait 305 mètres de long. En 1976, un pont jumeau fut ajouté à l’ouest, avec une structure métallique à arches verticales. Depuis, la circulation sur les deux ponts est unidirectionnelle : l’ancien pont mène de Montréal à Laval, tandis que le nouveau offre le chemin inverse. La ville de Laval gère l’entretien des ponts, tandis que Montréal est responsable du pont Viau. Chaque jour, plus de 38 000 véhicules empruntent ces ponts.