Le matin du 1ᵉʳ août 1930, un événement sans précédent se déroule dans la banlieue de Montréal. Un énorme dirigeable R-100, d’autant plus spectaculaire, commence à s’amarrer à la tour Saint-Hubert. Plusieurs milliers de spectateurs, priés de se tenir le plus loin possible de l’aérodrome, assistent de loin à l’événement. Des milliers d’autres écoutent les détails de ce qui se passe à la radio. C’est ainsi que le premier dirigeable R-100 est apparu dans la métropole et s’est amarré avec succès à Saint-Hubert. Pour en savoir plus, consultez le site montreal-future.com.
Premiers et derniers arrivés

Le gigantesque dirigeable britannique R-100 traverse l’Atlantique et arrive au mât d’ancrage construit par le gouvernement canadien à Saint-Hubert, près de Montréal. Il est clair qu’il s’agit d’un événement national. Selon diverses sources, près de 40 000 personnes se sont rassemblées à l’aéroport de Saint-Hubert pour assister à cet amarrage légendaire. Les gens viennent d’aussi loin que Montréal et d’ailleurs. Tout le monde veut assister à l’arrivée du R-100, ce qui n’est pas surprenant puisqu’on prédit un grand avenir aux dirigeables.
Plus de 600 militaires assurent la sécurité dans la zone de l’aéroport. Un mât de 60 mètres a été érigé pour l’amarrage, auquel l’avion devait s’arrimer et s’amarrer. Le R-100 a décollé d’Angleterre et a parcouru plus de 4 000 miles, mettant un peu plus de trois jours pour effectuer le voyage. Le dirigeable a volé pendant 79 heures.
Après son amarrage, l’appareil est resté à Montréal pendant deux semaines, attirant plus de 500 000 spectateurs intéressés. Trois mille d’entre eux ont été autorisés à monter à bord de l’avion et à en inspecter l’intérieur. Après une escale à Montréal, le R-100 s’envole pour Toronto. Une rencontre tout aussi passionnante l’y attend.
Ces vols constituent une sorte de test. En effet, le concepteur du R-100 espère que sa création pourra bientôt voler régulièrement entre Montréal et l’Angleterre. Il était prévu que cette liaison soit assurée une fois par semaine. Cependant, les nombreux problèmes rencontrés par ces appareils, dont on sait qu’ils volent à l’hydrogène, ont contraint les compagnies à renoncer à leur construction.
Il se trouve que ce fut la seule visite du dirigeable à l’aéroport de Saint-Hubert. C’est pourtant l’endroit choisi par le gouvernement comme terminal pour les dirigeables.
La vocation de Saint-Hubert

On sait que Saint-Hubert était à l’origine une commune rurale. Selon le recensement de 1861, elle comptait un peu plus d’un millier d’habitants. Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la paroisse a pris une allure plus urbaine, ce qui a incité les autorités à demander en 1950 le statut de commune urbaine. Cette demande fut acceptée en 1958.
Il y a eu un conflit assez intéressant à cet égard, car Saint-Hubert n’a jamais eu le statut de communauté villageoise, mais est immédiatement devenue une ville. L’établissement est passé du statut de communauté paroissiale à celui de communauté urbaine, sans passer par l’étape transitoire du village. Cela n’a pas empêché Saint-Hubert de se faire connaître dans tout le Canada et dans le monde entier. La ville est devenue célèbre grâce à l’aéroport qui y a été construit.
L’aéroport local date de 1926, lorsque Saint-Hubert a été choisi par des experts du Royaume-Uni pour le construire. Les Britanniques avaient un objectif simple et des projets réalistes : développer des liaisons aériennes commerciales entre les membres de l’Empire britannique. Il s’agissait de pays comme l’Inde, l’Australie, le Canada, etc. Le terrain de Saint-Hubert, relativement plat et légèrement sablonneux, se prête à l’atterrissage des avions et à l’amarrage des grands dirigeables anglais.
À la même époque, le gouvernement fédéral canadien cherche à mettre en place un service de poste aérienne entre Montréal et des régions éloignées comme Rimouski.31 Saint-Hubert convient parfaitement à ces deux projets. Il s’agit du premier aérodrome civil construit par le gouvernement canadien.
Après sa construction, à partir de 1927, l’aérodrome, alors temporaire, assure un service postal vers Rimouski. Le premier avion atterrit à Saint-Hubert à la fin de l’automne, en novembre 1927. Et en mai 1928, un terrain d’aviation permanent est ouvert sur ce site. Un travail énorme a été réalisé pour y parvenir.
Le terrain d’aviation est supervisé et construit par Henri Rocheleau, un habitant de Saint-Hubert issu d’une famille d’employés héréditaires de la municipalité locale. C’est notamment sous sa supervision directe qu’un mât d’amarrage a été érigé pour sécuriser les dirigeables. Le R-100 y a été amarré avec succès. Malheureusement, les projets du Royaume-Uni de lancer d’innombrables dirigeables au-dessus de son empire n’ont pas abouti.
Pôle courrier

Entre-temps, l’aéroport a commencé à travailler pour le gouvernement canadien, à des fins domestiques. À l’automne 1927, le ministère des Postes y établit un service de courrier aérien. Bien que le développement de l’aviation en soit encore à ses balbutiements, les avions permettent déjà de livrer le courrier beaucoup plus rapidement. Le service de la poste aérienne, qui fonctionne dans les régions de Morris, de la Côte-Neure et de l’Abitibi, est étendu à la région de Montréal.
Désormais, le courrier en provenance de l’Europe qui arrive par bateau à Pointe-au-Perre, près de Rimouski, est livré à Saint-Hubert par avion. L’aéroport devient ainsi parti intégrant d’une ligne postale transcanadienne qui englobe des villes comme Ottawa et Toronto.
De plus, les services de poste aérienne s’étendent rapidement aux États-Unis d’Amérique. Le 1ᵉʳ octobre 1928, un service entre Albany, près de New York City, et Saint-Hubert est inauguré. Le vol d’Albany à Saint-Hubert est accueilli par une foule de plusieurs milliers de personnes. Des personnalités politiques, dont le maire de Montréal, Camillien Oudet, sont également présentes à l’aérodrome et ce dernier y prononce son discours inaugural.
L’aérodrome de Saint-Hubert a également été le théâtre de divers spectacles aériens, parfois qualifiés de concours de beauté dans les journaux de l’époque. Ces spectacles étaient très populaires auprès des résidents locaux et des visiteurs de Montréal au début du 20ᵉ siècle. Les premiers spectacles aériens ont été organisés à Saint-Hubert en 1927, presque une insulte après l’ouverture de l’aérodrome, mais ils ont connu leur âge d’or surtout dans les années 1930. On peut dire que l’arrivée du dirigeable britannique R-100 n’était qu’un de ces spectacles divertissants.
En général, ces spectacles permettaient au public d’apprécier l’habileté aérienne des pilotes et de se familiariser avec les différents modèles d’avions présentés lors du meeting aérien. Par exemple, lors d’un tel festival d’aviation, qui a eu lieu au début du mois d’octobre 1929, un programme très riche a été présenté.
Il était prévu d’organiser des courses d’avions, des compétitions de voltige et des sauts en parachute. Le clou du spectacle est la simulation d’une bataille aérienne. L’excitation était telle qu’un transport spécial a été organisé depuis Montréal pour faciliter l’acheminement du public local vers l’aérodrome de Saint-Hubert.
L’aéroport pendant la Seconde Guerre mondiale

L’aérodrome de Saint-Hubert a été très affecté par la Seconde Guerre mondiale, qui a débuté à l’automne 1939. Dès 1941, alors que les combats battent leur plein, l’aéroport de Saint-Hubert devient une base militaire. Comme d’autres aéroports au Canada, il est converti en école de pilotage militaire. Des bâtiments spéciaux sont construits autour de l’aéroport pour accueillir les futurs pilotes du Commonwealth.
Après la fin de la guerre en 1968, le transport civil est revenu à Saint-Hubert et l’aéroport a progressivement repris ses activités commerciales. Aujourd’hui encore, l’établissement reste le principal centre de formation aux métiers de l’aviation.
Sources de données :
- https://www.banq.qc.ca/explorer/articles/au-dela-du-r-100-laeroport-de-saint-hubert/
- https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/quebec/evenements/456
- https://www.lapresse.ca/affaires/aeroport-metropolitain-de-montreal/la-facture-s-envole/2025-07-15/aeroport-metropolitain-de-montreal/98-ans-d-aviation-a-saint-hubert.php