dimanche, février 8, 2026

L’histoire de la création de l’Opéra de Montréal — une expérience marquante

Le 11 février 1896, une représentation du Barbier de Séville de Rossini devait avoir lieu à l’Opéra français de Montréal. Les spectateurs attendaient une soirée mémorable. Mais, à leur grande surprise, le rideau est resté baissé. Finalement, le ténor Adrien Barbé, qui devait jouer le rôle d’Almaviva, a annoncé que les artistes faisaient grève parce qu’ils n’avaient pas été payés depuis quarante jours. L’annonce a choqué le public et l’opinion publique. Dès le lendemain, la nouvelle a fait la une des journaux locaux. Les soirées féériques à l’Opéra français étaient terminées. La troisième saison, qui semblait pourtant bien lancée, s’est brutalement arrêtée. Plus de détails sur la création de l’Opéra de Montréal sont disponibles sur montreal-future.com.

Nous aurons un opéra français

L’histoire commence en janvier 1893, au parc Sohmer. Ernest Laviolette et Louis-Joseph Lajoie, copropriétaires de ce lieu culturel très prisé, ont publié une circulaire annonçant leur intention de créer une troupe d’opéra français. Selon eux, le parc disposait déjà des infrastructures nécessaires : un pavillon chauffé, pouvant accueillir entre 3 000 et 7 000 spectateurs, équipé d’une scène, d’une fosse d’orchestre et d’un balcon arrière.

Une visite à l’Opéra français de La Nouvelle-Orléans les avait convaincus de la faisabilité du projet. En mars 1893, ils ont reçu le soutien des chanteurs Émile Boutet et Maurice Robino Sallard, qui devaient rejoindre le parc Sohmer à la fin de leur contrat en Louisiane.

Cependant, tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Situé dans une zone encore rurale, le parc Sohmer était entouré de rues non pavées qui se transformaient en bourbier au moindre épisode de pluie. Imaginer des dames élégantes se rendant à leurs sièges, robes relevées pour éviter la boue, était impensable. Les messieurs n’auraient pas été mieux lotis, arrivant avec des bottes sales. En juillet, les investisseurs ont décidé de louer le théâtre Empire, situé à la jonction de l’Est francophone et de l’Ouest anglophone.

Rebaptisé Théâtre français, cet espace jouxtait les quartiers de Saint-Louis et Saint-Jacques, où vivait une bourgeoisie francophone aisée et les étudiants de l’Université Laval. Ce public était essentiel au succès de l’opéra français.

L’idée a été accueillie favorablement, car l’opinion publique réclamait depuis longtemps une scène française à Montréal. Un théâtre de qualité était perçu comme un moyen d’améliorer la langue et de préserver la culture contre les « vulgarismes yankees » qui dominaient les autres scènes.

La première saison

Le 2 octobre 1893, la troupe a inauguré sa première saison avec La Fille du tambour-major de Jacques Offenbach. Sous la direction de Gabriel Dorel, l’orchestre de 18 musiciens, le chœur de 20 voix et une trentaine de chanteurs ont performé devant une salle comble. Bien que les spectateurs aient applaudi avec enthousiasme, certains critiques ont relevé des faiblesses : un premier acte mou, un chœur peu préparé et des costumes insuffisants.

Chaque semaine, l’affiche alternait entre opérette, drame et comédie, avec une préférence pour le théâtre lyrique, dominé par Offenbach, Edmond Audran et Charles Lecocq. Maurice Robino Sallard a mis en scène une version faible de Carmen, unanimement critiquée pour son manque de formation vocale parmi les interprètes.

La saison s’est terminée le 29 avril 1894 sur un optimisme prudent, bien que le recours fréquent à des amateurs ait menacé la stabilité de la troupe.

La deuxième saison

Le 1er mars 1894, Edmond Hardy a remplacé Sallard comme directeur artistique. De nouveaux talents ont rejoint la troupe, notamment quatre artistes venus de France et autant de La Nouvelle-Orléans. L’opéra a engagé sa première chanteuse franco-canadienne, la soprano légère Germaine Duvernet.

Hardy a recentré la programmation sur l’opéra, ajoutant Rigoletto, La Traviata et Le Trouvère de Verdi, Lucie de Lammermoor et La Favorite de Donizetti, Faust de Gounod et Mignon d’Ambroise Thomas. La soprano Virginie Bouët s’est démarquée, particulièrement dans Mignon, qui a connu un tel succès que le nombre de représentations a été porté à 16.

Cependant, l’Église catholique a critiqué le théâtre, le qualifiant de « malsain ». Une censure préventive a été instaurée, avec des révisions des œuvres jugées trop audacieuses.

Malgré ces efforts, la situation financière s’est détériorée. Hardy a démissionné le 24 mars 1895, remplacé par Arthur Duryer, dont les performances antérieures avaient été désastreuses. En raison de difficultés financières, l’Opéra français de Montréal a été dissous et remplacé par une société coopérative.

La troisième saison

Le 3 octobre 1895, Le Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas a ouvert la nouvelle saison. Elle a commencé sous le signe de la prudence. Le calendrier a été réduit de sept à cinq mois, le nombre de représentations hebdomadaires est passé de sept à cinq, et les matinées ont été limitées uniquement aux jours fériés officiels. De plus, le théâtre dramatique a été complètement supprimé.

En outre, Duryé a entièrement renouvelé la troupe. Il a même congédié six recrues de La Nouvelle-Orléans. Parmi les voix remarquables, on retrouve celle de Julia Bennati (née Julie Benoît), que Montréal se souvenait d’avoir entendue à l’Académie de musique en 1887.

Avec une distribution adéquate, une mise en scène soigneusement répétée, des costumes riches et un orchestre composé d’environ vingt musiciens très bien préparés, la troupe a atteint un niveau de qualité supérieur.

Et pourtant, le 11 février 1896, la faillite est survenue. Premièrement, l’offre était trop importante pour un public de 4 000 personnes par semaine. Deuxièmement, le financement faisait défaut, car les actionnaires ont constaté que leurs investissements ne généraient pas de bénéfices.

Cependant, cet échec a également apporté des aspects positifs. Le principal est l’expérience acquise, qui a démontré qu’il était possible de créer un théâtre dont la gestion du projet était entièrement contrôlée par des Franco-Canadiens.

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