dimanche, février 8, 2026

L’apparition et l’évolution des immeubles résidentiels sur l’île de Montréal

L’apparition et l’évolution des immeubles résidentiels dans la partie centrale de l’île de Montréal étaient inévitables. De 1880 à 1914, l’urbanisation, l’industrialisation et la transformation des territoires et de leurs habitants ont entraîné un développement sans précédent de la ville. Par conséquent, la question du logement nécessitait une solution. Pour en savoir plus sur l’apparition des premiers immeubles à appartements dans la métropole, lisez sur montreal-future.com.

La pratique des hôtels-appartements

De 1879 à 1904, un bâtiment précurseur a été construit, suivi de 20 autres bâtiments résidentiels à Montréal. Les premières années, la construction de ces bâtiments était très irrégulière. Puis, à partir de 1897, la construction est devenue continue, avec une augmentation du nombre de chantiers chaque année vers la fin de la période. Cette phase se caractérise par l’absence de modèle unique, permettant la construction de bâtiments dans différents quartiers pour répondre aux divers besoins des résidents. Ils peuvent proposer des appartements de tailles variées, offrir plus ou moins de services, être situés en centre-ville ou en périphérie, et comporter ou non des espaces communs. Certaines caractéristiques de ces bâtiments seront reprises dans les phases suivantes, tandis que d’autres ne le seront pas.

Construit en 1889 sur la rue Sherbrooke Ouest, Sherbrooke fut le premier hôtel-appartement de l’île de Montréal. Il n’existe plus aujourd’hui, mais il a longtemps été annexé au nouveau pavillon du Musée des beaux-arts de Montréal, qui a conservé les façades de son voisin immédiat, le nouveau Sherbrooke. Il convient de noter l’emplacement de cet immeuble sur la rue Sherbrooke Ouest, qui deviendra dans les années suivantes l’une des principales artères pour les immeubles résidentiels.

Dans tous les appartements de Sherbrooke, il n’y avait ni chambres de service ni cuisines. En fait, les repas et les tâches ménagères étaient assurés par le personnel de l’immeuble, comme dans un hôtel. La nourriture, préparée dans une cuisine commune située au sous-sol, était livrée aux appartements par un serveur. Les locataires avaient accès à des espaces communs – hall d’entrée, escaliers, couloirs et cuisine – ainsi qu’à des services habituellement proposés dans les hôtels : ascenseur, restauration, nettoyage et blanchisserie.

Similitudes et différences

Malgré la diversité des bâtiments de la première phase, certaines caractéristiques ressortent en ce qui concerne leur implantation sur le terrain, la forme du plan, le nombre d’étages et d’appartements, ou encore l’apparence extérieure de l’édifice, en particulier la façade.

Ces premiers bâtiments sont similaires dans leur manière d’être implantés sur le terrain. En effet, dans 90 % des cas, les immeubles sont en retrait par rapport à la ligne de la rue. Le recul est généralement parallèle, mais il peut aussi être en angle. Plus des trois quarts des bâtiments ont un plan rectangulaire ou en U. En revanche, seulement un tiers d’entre eux possèdent une cour intérieure. Ils comptent généralement un nombre limité d’étages, trois à quatre dans 70 % des cas. Curieusement, les règlements municipaux n’expliquent pas ce phénomène. À l’époque, la hauteur maximale des bâtiments à Montréal était fixée à 130 pieds, soit environ dix étages. Les édifices plus imposants se trouvent dans les quartiers de Saint-André et Saint-Georges, aujourd’hui inclus dans le quartier Ville-Marie. Ces bâtiments se regroupent dans le nouveau centre-ville, un secteur à plus forte densité de population.

Historique


Les immeubles à appartements sont apparus à Paris au milieu du XIXe siècle. De l’autre côté de l’Atlantique, ils sont rapidement apparus à New York, puis à Montréal. En réalité, ce nouveau type de logement est arrivé au Canada via les États-Unis, où il a été adapté aux réalités nord-américaines. Montréal a été influencée par l’étranger grâce aux relations politiques, économiques, culturelles et sociales entretenues avec l’Europe et les États-Unis. Comparativement aux autres villes canadiennes, seules New York ou Chicago peuvent être comparées à Montréal en termes de densité de population et de besoin en appartements. Tant à Montréal qu’à New York, ce nouveau type de logement a répondu aux besoins dictés par le contexte socio-économique. La densification du logement, conséquence de l’industrialisation et de l’urbanisation, a apporté de nouvelles solutions et modèles, dont l’immeuble résidentiel.

Cependant, Montréal diffère de New York en ce que les immeubles construits de 1880 à 1914 étaient presque exclusivement destinés à la classe aisée. Dans la métropole canadienne, les classes ouvrières et une grande partie de la classe moyenne préféraient vivre dans des «plex»: duplex, triplex, quadruplex. La seule exception fut le tout premier immeuble résidentiel, appelé Courthouse House, construit en 1886, qui hébergeait la classe ouvrière. Cette particularité peut s’expliquer par la volonté de certains réformateurs de proposer aux ouvriers des logements sains et abordables. C’était l’objectif du président de The Artisans Dwelling House Co., William Thomas Costigan, qui a construit cet immeuble dans le quartier de Sainte-Anne pour la clientèle ouvrière du secteur.

Au départ, le cœur de la ville – aujourd’hui connu sous le nom de Vieux-Montréal – combine des fonctions résidentielles, administratives, commerciales et industrielles. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les fonctions commerciales et administratives ont pris de l’importance, entraînant le départ des classes aisées vers d’autres quartiers plus salubres et moins densément peuplés, comme le quartier de Saint-Antoine ou le Mille Carré Doré au pied du Mont-Royal.

À la recherche du confort

Au fil des ans, les activités commerciales ont également quitté le Vieux-Montréal pour se concentrer dans le centre-ville actuel, qui était alors le quartier résidentiel préféré de la bourgeoisie montréalaise. Les grands magasins et diverses entreprises se multiplient le long de la rue Sainte-Catherine Ouest. À l’aube du XXe siècle, la popularité de ce secteur pour les fonctions commerciales et résidentielles a incité les classes aisées et les commerçants à envisager de nouvelles façons d’occuper l’espace.

Les espaces ouverts et les jardins entourant les villas bourgeoises ont progressivement disparu pour faire place à de nouveaux complexes résidentiels plus petits, à des bureaux, des magasins ou des appartements. Entre 1850 et 1930, le Mille Carré a considérablement changé, perdant son caractère de quartier résidentiel peu dense au profit d’activités urbaines typiques du centre-ville. Les terrains autrefois vastes destinés aux maisons sont devenus rares, exigus et très coûteux.

Dès le début du XXe siècle, la bourgeoisie a de nouveau émigré à la recherche d’un environnement de vie conforme à leur statut social et à leurs moyens financiers. Cette émigration bourgeoise s’est accélérée dans les années 1930. Les villes suburbaines de Westmount et Outremont ont profité de la situation pour se développer. Leur emplacement aux abords du Mont-Royal était un atout pour attirer la classe aisée. Dans les années 1920 et 1930, plusieurs immeubles résidentiels furent construits dans ces banlieues prisées.

Malgré cela, l’immeuble résidentiel ne s’est pas immédiatement imposé dans le paysage immobilier de l’île de Montréal et encore moins dans le cœur et l’esprit de ses habitants. Il a fallu de nombreuses années avant que ce nouveau type d’habitat ne soit accepté. Pendant longtemps, il a été sévèrement jugé, en particulier pour les risques qu’il semblait présenter pour la famille et la morale.

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