Le pont Victoria n’est pas surnommé « la huitième merveille du monde » par hasard. Soutenu par 24 piliers, il intègre 1,5 million de rivets dans sa structure. Avec une longueur de 2,79 km et un poids dépassant 9 000 tonnes, sa construction a mobilisé 3 000 ouvriers pendant cinq années. Découvrez plus en détail l’histoire de la construction du pont Victoria sur montreal-future.com.
Un projet ambitieux
Au milieu du XIXᵉ siècle, Montréal aspirait à devenir la capitale économique du Canada. L’utilisation du canal de Lachine stimulait le développement industriel, et la colonisation de l’Ouest canadien faisait du port de Montréal un point d’accès stratégique à l’intérieur du continent. Cependant, cette croissance était freinée par l’absence de réseau ferroviaire reliant l’île à la rive sud.
En 1854, la compagnie Grand Trunk acheva la construction d’un premier pont reliant Vaudreuil à Sainte-Anne-de-Bellevue via l’île Perrot. Une fois la rivière des Outaouais traversée, la compagnie lança un projet audacieux : construire l’un des plus longs ponts du monde pour relier directement Montréal à la rive sud.
Trois ingénieurs furent responsables de cette traversée de la rivière Saint-Laurent : Alexander Ross, James Hodges et Robert Stephenson, fils de l’inventeur du chemin de fer. Le projet débuta en 1854 et mobilisa presque toutes les communautés de Montréal et de ses environs.
Les Irlandais, qui représentaient environ 25 % de la population de Montréal à l’époque, participèrent avec ardeur à sa réalisation. Lors des travaux à Pointe-Saint-Charles, les ouvriers découvrirent les sépultures de près de 6 000 immigrants irlandais morts du typhus à la fin des années 1840. En leur hommage, une immense roche, extraite du fond de la rivière, fut installée à l’entrée du pont.
Le premier train

En décembre 1859, le pont fut achevé. Pour tester sa solidité, trois locomotives tirant des wagons chargés de pierres furent lancées sur la structure. Le machiniste, seul passager, aurait pu être en danger, mais le pont résista sans faillir.
Après cette validation, le fils de la reine Victoria, le prince de Galles, inaugura officiellement le pont le 25 août 1860. Les habitants de Montréal le surnommèrent affectueusement « la huitième merveille du monde ».
Pour protéger les trains des intempéries, la travée principale fut enfermée dans un tunnel artificiel ressemblant à un long tube. La lumière ne pénétrait que par quelques fenêtres, et les locomotives à charbon remplissaient les wagons de fumée.
Reconstruction du pont Victoria

Avec l’augmentation du trafic ferroviaire, le pont subit une rénovation en 1898. Une seconde voie ferrée fut ajoutée, ainsi que deux passages latéraux payants pour les piétons et les cavaliers. Le tunnel métallique fut remplacé par une structure ouverte en poutres d’acier, permettant aux voyageurs d’admirer enfin la rivière Saint-Laurent.
Le développement économique du sud-ouest de Montréal progressa en parallèle avec l’augmentation du trafic ferroviaire. Les vastes ateliers ferroviaires de Grand Trunk offraient de nombreux emplois qualifiés aux habitants locaux. La population passa de 18 000 en 1861 à 36 000 en 1881.
Au XXᵉ siècle, « la huitième merveille du monde », construite en 1860, perdit sa domination sur la traversée de la rivière avec l’arrivée de concurrents modernes en béton armé.