dimanche, février 8, 2026

Joseph-Armand Bombardier: L’inventeur montréalais des motoneiges

«Une bête mécanique extraordinaire» – tel est le surnom donné par les habitants de la province de Québec à une machine capable de franchir les congères sans difficulté. La toute première motoneige de l’histoire a fait son apparition dans les rues de Valcourt, une petite localité en banlieue de Montréal, au cours de l’hiver 1920. Cette invention est l’œuvre de Joseph-Armand Bombardier, alors jeune garçon. À ce moment-là, le jeune inventeur ne se doutait pas qu’il dirigerait un jour une grande entreprise dédiée à la production et à la vente de motoneiges. Bombardier a donné naissance à un nouveau mode de transport qui deviendra l’un des passe-temps préférés des jeunes Canadiens. Voici l’histoire de son parcours incroyable, relatée sur montreal-future.

Un jeune inventeur

Dès son plus jeune âge, Joseph-Armand montrait une fascination pour l’ingénierie. Il construisait des appareils automatisés à partir de jouets. Il installait des mécanismes extraits de réveils dans des modèles réduits de tracteurs et de voitures, ou encore dans des locomotives et bateaux qu’il fabriquait lui-même. Fils aîné d’une famille modeste de huit enfants, Joseph avait une imagination débordante. Durant son adolescence, il s’aventura à fabriquer un canon artisanal à partir d’un vieux fusil, frôlant la catastrophe avec ses amis. Ses parents, inquiets de son audace, décidèrent de l’envoyer étudier dans un séminaire pour devenir prêtre.

À 14 ans, Joseph montra clairement à sa famille où se situait sa véritable vocation. Lors de vacances à Valcourt, il construisit le prototype d’une motoneige. En utilisant une vieille Ford T délabrée, il adapta un moteur et un ventilateur pour créer des « traîneaux mécaniques ». Lorsqu’il fit une démonstration dans les rues enneigées de la ville avec son frère cadet, la famille fut impressionnée, mais son père, moins enthousiaste, exigea qu’il démonte l’engin.

Une carrière de mécanicien

Joseph ne se voyait pas devenir prêtre. À 17 ans, il trouva un emploi de mécanicien à Montréal, suivant des cours d’ingénierie. Peu après, il ouvrit son propre atelier de réparation automobile à Valcourt. Cet atelier était bien plus qu’un garage : il acceptait de réparer des outils, des pompes, des scies et divers appareils ménagers. Rapidement, il devint un artisan très respecté dans la région.

Malgré son succès, Bombardier rêvait toujours de concevoir son propre engin pour affronter les hivers canadiens. À cette époque, des ingénieurs américains et russes tentaient également de développer des véhicules pour la neige, mais leurs inventions étaient soit trop lourdes, soit peu pratiques. Joseph s’inspira de ces tentatives, en particulier du tracteur sur chenilles d’Elvin Lombard, mais il cherchait une solution plus légère et maniable.

Dans les années 1920-1930, il travailla sur une version adaptée de la Ford T, remplaçant ses roues par des chenilles et des skis. En 1933, il mit au point un moteur plus léger pesant seulement 45 kg. Malgré tout, le moteur surchauffait rapidement. Frustré, il abandonna temporairement son projet.

Une tragédie décisive

Un événement tragique en 1934 changea la vie de Bombardier. Son fils de deux ans mourut d’une péritonite, car les routes enneigées avaient empêché de l’amener à l’hôpital à temps. Cet événement déchirant poussa Joseph à consacrer toutes ses compétences à la création d’un véhicule capable de surmonter les hivers québécois.

En 1935, il inventa un nouveau système de chenilles et de roues dentées, qu’il breveta en 1937. Cette même année, il lança la production en série de son premier véhicule, qu’il nomma B7. Ce modèle, capable de transporter sept personnes, était doté d’une cabine fermée et pouvait atteindre une vitesse de 40 km/h. Les premiers clients furent des médecins et des entrepreneurs de pompes funèbres.

Une entreprise florissante

Visionnaire, Bombardier comprit rapidement l’importance de la publicité. Il voyageait à travers le pays dans ses motoneiges, les exposant devant les bureaux des grands journaux. Ces démonstrations suscitaient l’intérêt du public et des médias.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il construisit une usine en périphérie de Montréal, produisant jusqu’à 200 véhicules par an, dont des versions blindées pour l’armée. En 1942, il fonda L’Auto-Neige Bombardier Limitée. L’entreprise prospéra rapidement, ce qui permit à Joseph de construire une seconde usine en 1947.

Dans les années 1950, une réglementation imposant le déneigement des routes avec des véhicules spécialisés réduisit la demande pour ses motoneiges. Bombardier réagit en développant des véhicules polyvalents capables de circuler sur des chenilles en hiver et sur des roues en été.

Ski-Doo: un triomphe sportif

À la fin des années 1950, Bombardier réalisa son rêve d’enfant : créer une motoneige rapide et individuelle. En 1959, il lança le modèle Ski-Doo, qui séduisit immédiatement ses proches, ses employés et bientôt des milliers de clients à travers le pays.

Le succès de Ski-Doo transforma l’entreprise, devenant le produit phare de la marque et un symbole du sport d’hiver et des loisirs en plein air. Dans les années 1960, l’usine produisait plus de 10 000 Ski-Doo par an, chiffre qui atteindra des centaines de milliers dans les décennies suivantes.

L’héritage de Bombardier

Joseph Bombardier vécut pour voir sa réussite, confiant l’avenir de son entreprise à ses descendants. Il décéda en 1964, laissant derrière lui une entreprise florissante. Son nom est immortalisé par un glacier en Antarctique, une autoroute au Québec et une place au Panthéon de la science et de la technologie du Canada. L’entreprise Bombardier demeure le plus grand fabricant mondial de motoneiges et l’un des fleurons de l’industrie canadienne.

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