mardi, février 10, 2026

Le rêve olympique de Montréal : un stade qui n’a jamais pu être achevé

Montréal, ville réputée pour sa culture vivante et ses quartiers historiques, a naturellement connu de nombreux projets de construction. Mais, certains d’entre eux ont largement dépassé les plans initiaux, devenant finalement des chantiers interminables. Au fil des décennies, plusieurs projets de ce type se sont accumulés. Par exemple, Revitalisation Griffintown est une reconstruction à grande échelle d’une ancienne zone industrielle. Initialement conçu comme un quartier résidentiel et commercial moderne, le projet a connu des retards de plusieurs années en raison de la pollution des sols, du changement de promoteurs immobiliers et de l’évolution des réglementations municipales.

De même, l’échangeur Turcot, principal nœud routier de Montréal, a fait parler de lui en raison de sa longue reconstruction. Construite dans les années 1960, cette autoroute est devenue assez dangereuse au début des années 2000, ce qui a conduit à une reconstruction à grande échelle qui a duré près d’une décennie. Pour en savoir plus sur l’un des chantiers les plus longs de Montréal et les raisons de ce désastre, rendez-vous sur montreal-future.com.

Les ambitions prennent forme

Cependant, même ces projets à long terme, bien que spectaculaires, font pâle figure comparés à une autre saga architecturale montréalaise, qui reste inégalée en termes d’ampleur et de popularité. Ce projet a attiré l’attention internationale, devenant un symbole d’ambition et d’excès, et a laissé derrière lui un héritage qui résonne encore aujourd’hui.

Il s’agit de la construction du stade olympique de Montréal, un bâtiment dont la conception audacieuse et les défis financiers en ont fait le projet de construction à long terme le plus célèbre — et le plus controversé — de la métropole.

Pour mieux comprendre les raisons d’une telle situation, il convient de se plonger dans le contexte, dans les sentiments qui régnaient à la veille du dépôt de la candidature et de la construction, après son approbation. En effet, lorsque Montréal a décidé d’accueillir les Jeux olympiques d’été, il ne s’agissait pas simplement d’une candidature pour organiser un événement sportif. À la fin des années 1960, la ville aspirait à la reconnaissance internationale, à la renaissance économique et à la confirmation symbolique de l’identité moderne du Québec.

Ainsi, l’obtention du droit d’organiser les Jeux olympiques de 1976 devait être le point culminant d’une décennie de transformations, qui comprenait déjà l’Expo 67, un triomphe qui avait propulsé Montréal sur la scène mondiale.

En 1970, lorsque le Comité international olympique a attribué le droit d’organiser les Jeux à la métropole, l’optimisme régnait. Les dirigeants municipaux ont promis que les Jeux olympiques seraient élégants, efficaces et résolument modernes. Le maire Jean Drapeau était la figure politique centrale du processus. C’est lui qui était à l’origine de la candidature, c’est lui qui a prononcé la célèbre phrase selon laquelle les Jeux ne peuvent pas manquer d’argent, tout comme un homme ne peut pas tomber enceinte. Mais, l’histoire a prouvé que cette déclaration était douloureusement ironique.

Le stade olympique était au cœur du concept olympique de Montréal. Drapeau ne voulait pas simplement un complexe sportif fonctionnel, mais un véritable monument. La conception du projet a été confiée à l’architecte français Roger Taillibaut, connu pour son utilisation audacieuse du béton et ses formes sculpturales larges.

Tailbert imagine un stade unique en son genre : une structure ovale surmontée d’un toit coulissant, reposant sur une tour inclinée extraordinaire, la plus haute du genre au monde. Le design était audacieux, élégant, mais extrêmement complexe. Dès le début, il repoussait les limites de l’ingénierie moderne. Cependant, l’enthousiasme politique et la fierté civique l’emportèrent sur la prudence. La construction débuta en 1973, ne laissant que trois ans avant la cérémonie d’ouverture.

Construction sous pression

Et c’est là que tout a commencé : presque immédiatement, le projet s’est heurté à des problèmes. Au début des années 1970, les puissants syndicats du bâtiment du Québec ont organisé plusieurs grèves, interrompant les travaux pendant plusieurs mois. L’inflation a entraîné une augmentation du coût des matériaux, et des retards supplémentaires ont été causés par des changements constants dans le projet.

Le système innovant de toiture, qui était au cœur du concept de Tayliber, s’est avéré particulièrement problématique, car personne n’avait jamais tenté auparavant de créer une structure d’une telle envergure.

De plus, toujours soucieux que les installations sportives soient proches les unes des autres, Tayliber a proposé dans ses plans trois composantes principales qui devaient accueillir la plupart des compétitions. Peu importe qu’ils soient tous distincts et intégrés. Ces trois parties du projet de Tayliber comprenaient directement le stade, le centre aquatique et le vélodrome.

Au moment de la présentation du modèle architectural en 1972, il était déjà évident que Tayliber proposait des constructions qui comprenaient des formes architecturales extrêmement poétiques et organiques sur le plan visuel, qui devaient être construites à l’aide de méthodes de construction non traditionnelles. Mais, quelque chose ne s’est pas déroulé comme prévu.

C’est alors que le processus crucial du financement est devenu de plus en plus tendu. Les coûts estimés initiaux d’environ 134 millions de dollars canadiens sont rapidement devenus obsolètes. À l’approche des délais d’exécution des travaux, le gouvernement du Québec a dû intervenir pour assumer la responsabilité financière, transférant une partie importante du fardeau de la ville aux contribuables de toute la province. Ce qui avait commencé comme un symbole d’efficacité moderne s’est rapidement transformé en gouffre financier.

Scène inachevée pour le sport

À l’été 1976, il était clair que le stade olympique ne serait pas achevé à temps. La tour restait inachevée, le toit coulissant n’existait pas et certaines parties de la structure étaient encore entourées d’échafaudages. Cependant, les Jeux olympiques ne pouvaient être annulés.

Les athlètes ont concouru dans un stade qui, en réalité, était encore un chantier de construction, rapidement remis en état pour donner une apparence décente. Des solutions temporaires ont remplacé les solutions permanentes, et des compromis esthétiques étaient inévitables. Bien que les Jeux olympiques de Montréal aient été marqués par des exploits sportifs, notamment les performances exceptionnelles de Nadia Comăneci en gymnastique, le stade est devenu un rappel visuel des ambitions démesurées.

Les Jeux olympiques n’ont pas marqué la fin des problèmes du stade. La construction s’est poursuivie pendant longtemps, même après que la flamme olympique se soit éteinte. La tour penchée n’a été achevée qu’en 1987. Le toit coulissant tant attendu, qui a finalement été installé, a rapidement révélé de graves défauts : il se déchirait, fuyait et tombait régulièrement en panne pendant les hivers rigoureux de Montréal.

Ainsi, en 1998, le stade a été recouvert d’une membrane souple mais fixe, composée d’un treillis de câbles recouverts de 63 panneaux en fibre de verre recouverts de téflon, et le toit est devenu fixe.

Un héritage complexe

Au moment où le stade a été officiellement déclaré « amorti » en 2006, son coût total s’élevait à environ 1,6 milliard de dollars canadiens. Pendant des décennies, les habitants du Québec ont payé une taxe spéciale sur le tabac, destinée exclusivement au remboursement de la dette du stade.

Et pourtant, l’échec du stade n’a pas été total. Il reste debout comme un monument édifiant à l’ambition politique démesurée, mais aussi comme un puissant artefact historique. Peu de constructions incarnent aussi clairement la tension entre la vision et la réalité, les innovations et leur faisabilité, la fierté et la prudence.

Aujourd’hui, le stade olympique continue de dominer la partie est de Montréal. Il accueille des concerts, des matchs de baseball, des expositions et des événements spéciaux, mais il n’est jamais devenu l’attraction préférée de la ville. 

Sources :

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