C’est difficile à croire aujourd’hui, mais il fut un temps où, à Montréal, le mot « ordinateur » n’évoquait pas un ordinateur portable ou un smartphone, mais plutôt une légère incompréhension et, au mieux, de la curiosité. Dans les banques, on calculait à l’aide de calculatrices et de règles à logarithmes, à l’université, les étudiants écrivaient leurs formules à la main, et les compagnies d’assurance tenaient leurs comptes dans d’épais classeurs qui pesaient plus lourd qu’un serveur moderne. À l’époque, on ne parlait même pas de « machines intelligentes » dans les maisons privées : le maximum qu’un habitant moyen pouvait se permettre, c’était une radio et, avec un peu de chance, un téléviseur avec deux chaînes.
Mais vers le milieu des années 1950, tout a commencé à changer. Les premiers systèmes IBM ont fait leur apparition en ville : des machines encombrantes, bruyantes, mais étonnamment prometteuses, qui ressemblaient davantage à des décors de science-fiction qu’à un outil de travail. Elles firent d’abord leur apparition dans les universités et les grandes institutions financières, où elles promettaient de « simplifier » ce que des dizaines de personnes effectuaient auparavant à la main.
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Tout le meilleur aux étudiants

L’histoire de l’apparition des premiers ordinateurs à Montréal ne se résume pas à un seul « premier appareil » dont on connaîtrait la date exacte d’installation : il s’agissait d’un processus graduel qui s’est étendu sur plusieurs décennies, dans les années 1950-1960, et qui s’est d’abord déroulé au sein des universités, les banques et les grandes entreprises.
En revanche, ce que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que les tout premiers systèmes informatiques sont apparus précisément dans le milieu universitaire — notamment à l’Université McGill et à l’Université de Montréal. On sait ainsi que McGill a fait l’acquisition de son premier ordinateur (un IBM 650) en 1956-1957 ; de même, l’UdeM figurait parmi les pionniers, ayant installé sa première grande machine à la fin des années 50.
Aujourd’hui, c’est difficile à imaginer, mais ces «ordinateurs» n’occupaient pas une table, ni même une pièce au sens où on l’entend aujourd’hui, mais des locaux entiers dotés d’un régime d’accès spécifique. C’étaient de grosses machines bruyantes qui chauffaient comme si du café y bouillait en permanence et qui exigeaient un respect presque religieux.
À l’intérieur : des lampes, des fils, des cartes perforées ; à l’extérieur : des salles portant des panneaux « Entrée réservée au personnel », car on ne laissait les étudiants s’approcher de ce matériel qu’avec la plus grande prudence, comme s’il s’agissait d’un réacteur de laboratoire.
Ces systèmes étaient entretenus par des techniciens et des ingénieurs spécialisés, qui jouaient alors en quelque sorte le rôle de « prêtres du culte informatique ». Ils lançaient les programmes à partir de cartes perforées, veillaient à ce que la machine ne « plante » pas dans ses réflexions métalliques et luttaient régulièrement contre la surchauffe, qui pouvait paralyser l’ensemble des activités de la faculté.
Les étudiants ont appris à se servir de ces merveilles de la technologie petit à petit : d’abord comment perforer correctement une carte perforée, ensuite comment ne pas perturber la séquence de calculs, et enfin comment obtenir ce résultat tant attendu , qui arrivait souvent sous la forme d’une pile de papier au bout de quelques heures ou même le lendemain .
En réalité, c’était une époque où les « calculs » s’apparentaient davantage à des attentes qu’à des réponses instantanées — mais c’est ainsi que l’histoire du numérique a commencé à Montréal.
IBM à la place d’une calculatrice

Au milieu du XXᵉ siècle, Montréal n’était pas seulement une grande ville : c’était l’un des principaux centres financiers du Canada, où se réglaient les questions de capitaux, de crédits et d’assurances à une échelle qui exigeait toujours plus de précision et de rapidité. C’est pourquoi l’arrivée des ordinateurs ici n’était pas une lubie technologique surprenante, mais presque une conséquence logique : quand on traite des milliers de transactions chaque jour, tôt ou tard, le papier ne suffit plus à suivre le rythme des chiffres.
C’est précisément dans ce contexte que les grandes banques ont commencé à s’intéresser aux nouveaux systèmes informatiques. Parmi elles, la Banque de Montréal, l’un des plus anciens établissements financiers du pays, qui a été parmi les premiers de la ville à mettre en place le traitement électronique des données. Et il ne s’agissait pas d’une « technologie révolutionnaire » au sens moderne du terme, mais plutôt d’une solution pragmatique : comment ne plus se noyer sous les rapports papier et les calculs manuels.
Les premiers systèmes informatiques utilisés dans les banques ne ressemblaient pas à quelque chose qui « réfléchissait » ou « analysait ». Ils jouaient plutôt le rôle d’une calculatrice extrêmement rapide et rigoureuse. On les utilisait pour tenir les comptes, traiter les transactions, calculer les intérêts et générer des rapports réguliers. Là où travaillaient auparavant des dizaines d’employés avec des grands livres, on voyait désormais apparaître une seule machine et quelques opérateurs qui l’alimentaient en cartes perforées.
Pour le personnel, cela a eu un double effet. D’une part, les tâches routinières ont été considérablement accélérées : ce qui prenait auparavant des jours pouvait désormais être obtenu en quelques heures. D’autre part, un nouveau type de travail est apparu : les opérateurs devaient apprendre à « parler » à la machine dans son langage, c’est-à-dire à travers des données strictement structurées. Les erreurs n’étaient plus corrigées au crayon rouge dans le rapport : elles perturbaient tout le processus de calcul et obligeaient à tout recommencer.
En réalité, les banques montréalaises disposaient d’un outil qui, plutôt que de « penser » à la place des gens, les obligeait à penser différemment — plus précisément, de manière plus systématique et sans droit au hasard.
Aéroports. Gares. Compagnies d’assurance

Outre les universités et les banques, le secteur privé s’est rapidement mis au diapason de cette « ère informatique des débuts ». Et ce n’était pas dans le sens romantique des start-ups (qui n’existaient alors pratiquement pas), mais de la manière la plus pragmatique qui soit : les compagnies d’assurance, les grands groupes industriels et les entreprises qui traitaient quotidiennement des paiements de masse.
Les compagnies d’assurance ont été parmi les premières à être littéralement sauvées par les ordinateurs d’une catastrophe administrative. Leur travail consiste en des milliers de polices, d’indemnités, de risques et de tables actuarielles qui étaient auparavant calculés à la main ou à l’aide de machines semi-automatiques. Avec l’apparition des premiers systèmes informatiques, elles ont commencé à automatiser le calcul des primes, le traitement des demandes et la gestion des bases de données clients.
Puis ce fut au tour des grandes entreprises industrielles de se lancer, en particulier celles spécialisées dans la logistique et le traitement de flux massifs de données. C’est là que les chemins de fer et l’aviation entrent en scène.
À cette époque, les compagnies ferroviaires disposaient déjà de systèmes complexes de gestion des horaires, du fret et des tarifs, mais leur numérisation avançait plus prudemment. La raison est simple : l’infrastructure était ancienne, rigide et répartie sur de vastes territoires. Les ordinateurs, même tels que les systèmes IBM, n’étaient pas installés « partout » au départ, mais dans les bureaux centraux pour traiter de grands volumes de données : calcul des tarifs, bilans de fret et planification des itinéraires. On était alors encore loin de la gestion opérationnelle du trafic ferroviaire : la technologie n’était tout simplement pas assez intégrée pour permettre une gestion en temps réel à un tel niveau.
Les aéroports se sont développés un peu plus rapidement, mais aussi avec beaucoup de prudence. Les premiers systèmes informatiques y étaient également utilisés principalement pour les tâches administratives : gestion des billets, calcul du taux de remplissage des vols, opérations financières. La gestion effective des vols est restée longtemps en dehors du cadre de l’automatisation complète.
IBM, la référence du marché

Ainsi, si l’on parle de l’apparition des premiers ordinateurs à Montréal, c’est dans les années 1950 que ces appareils, volumineux et encombrants, ont fait leur apparition dans la ville, pour autant qu’on puisse les qualifier d’ordinateurs.
Mais pourquoi IBM et les entreprises similaires sont-elles devenues des fournisseurs clés ? La raison est assez simple : à l’époque, il n’existait pratiquement aucune alternative.
IBM a en fait défini la norme du marché : elle ne se contentait pas de vendre des machines, mais proposait un écosystème complet : matériel, méthodes logicielles, services et formation du personnel. Et ce n’est qu’avec le temps, lorsque les technologies sont devenues moins chères, plus compactes et plus accessibles, que les ordinateurs ont commencé à sortir du cadre des grandes entreprises pour s’intégrer à l’infrastructure plus large de la ville, mais c’est là une toute autre histoire.
Sources :
- https://www.lapresse.ca/affaires/techno/actualites/200608/08/01–14099-il-y-a-25-ans-ibm-lancait-le-premier-pc.php
- https://www.franceinfo.fr/internet/microsoft/12-aout-1981-apparition-dupremier-ordinateur-personnel_4073453.html
- https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/international-business-machines-corporation-ibm
- https://archivesaudiovisuelles.reseau-canope.fr/app/photopro.sk/canope/publi?docid=107665