mardi, février 10, 2026

Habitat 67 – l’héritage moderniste de Montréal

Montréal est depuis longtemps un centre d’innovation architecturale en Amérique du Nord, où les ambitions culturelles et les expériences urbaines ont trouvé un terrain fertile tout au long du XXe siècle. Des façades historiques en pierre du Vieux-Montréal à l’audacieuse Tour Canada-Pacifique, construite pendant le boom de l’après-guerre, la ville s’est imposée comme un terrain fertile pour le développement des mouvements architecturaux.

Dans les années 1960, le modernisme, un style architectural qui met l’accent sur les lignes épurées, les structures distinctes et la clarté fonctionnelle, s’est également imposé. Tout cela était inspiré par les idéaux de l’ère industrielle. L’architecture moderniste à Montréal n’était pas seulement une manifestation esthétique. Elle est devenue un manifeste urbain proposant de nouveaux modes de vie, de travail et une nouvelle vision de l’avenir des villes. C’est dans cet environnement propice aux avancées créatives que plusieurs chefs-d’œuvre modernistes ont vu le jour, parmi lesquels l’exceptionnel complexe résidentiel modulaire connu sous le nom d’Habitat 67, dont vous pouvez lire la présentation ici : montreal-future.com.

L’histoire d’Habitat 67

Il convient ici de préciser immédiatement que Habitat 67 n’a pas vu le jour en tant que projet commercial, mais en tant que thèse d’architecture. Au milieu des années 1960, un jeune architecte de l’université McGill travaillait sur une idée ambitieuse : et si les logements urbains pouvaient combiner la densité des immeubles collectifs avec l’intimité et  l’espace ouvert des cottages de banlieue ?

Cette idée s’est concrétisée sous la forme d’une proposition concernant un logement modulaire tridimensionnel préfabriqué, intitulée « A Case for City Living ». Et lorsque Montréal a remporté le droit d’accueillir l’Exposition universelle de 1967 — Expo 67, ce projet de fin d’études a trouvé son catalyseur, et ce projet a été commandé comme pavillon pour l’exposition. Il a été développé entre 1964 et 1967 et est devenu l’une des attractions les plus populaires de l’exposition.

Habitat 67 était composé de plus de 350 modules préfabriqués en béton reliés entre eux. Il formait un labyrinthe complexe de pièces d’habitation, de terrasses et de passages intermédiaires. Contrairement aux appartements uniformes qui caractérisaient les logements du milieu du XXe siècle, chaque résidence d’Habitat disposait de sa propre terrasse ouverte et d’une vue panoramique.

De plus, cela a été fait délibérément afin d’effacer la frontière entre espace privé et espace commun. Le bâtiment a été inauguré en 1967 et a acquis une renommée internationale, captivant l’imagination comme une réinterprétation radicale de la vie urbaine à un moment où les villes du monde entier étaient confrontées à une croissance démographique rapide et à des problèmes de logement.

La vie à Habitat 67 est souvent décrite comme une expérience unique, semblable à celle de vivre dans un casse-tête en trois dimensions. Ses habitants se déplacent sur des terrasses interconnectées, des jardins privés et des allées en escalier, ce qui crée un incroyable sentiment de communauté et d’intimité.  Au cours des décennies, certains appartements ont été réunis pour former des maisons plus grandes sur mesure, ce qui reflète la flexibilité de la conception de Safdie.

Il existe de nombreuses histoires d’enfants jouant sur les terrasses, de voisins qui se rencontrent dans les couloirs communs, et d’une sensation surréaliste de vivre dans un paysage sculptural en béton. Tout cela représente une interaction quotidienne avec l’architecture elle-même. Même aujourd’hui, ces histoires soulignent le côté humain de cette expérience moderniste emblématique.

Architecte — Moshe Safdie

L’idéologue du projet Habitat 67 était l’architecte Moshe Safdie, né en 1938 à Haïfa, qui faisait alors partie de la Palestine. À l’adolescence, Safdie a émigré avec sa famille au Canada, où il a étudié l’architecture à l’université McGill. C’est là que le jeune homme a développé ses premières idées sur la construction modulaire et l’urbanisme centré sur l’humain. Après avoir obtenu son diplôme universitaire, il a travaillé dans le cabinet du célèbre architecte Louis I. Kahn, mais c’est son propre projet de fin d’études qui l’a propulsé sur la scène internationale.

En effet, après le succès de son projet, la carrière de Safdie a prospéré. En 1964, il a fondé la société Safdie Architects à Montréal et a continué à concevoir divers grands bâtiments à travers le monde. Son portfolio comprend des institutions culturelles, des bâtiments publics, des aéroports et des plans directeurs de villes, et parmi ses projets les plus connus, un peu plus récents, figurent le musée d’art américain Crystal Bridges en Arkansas et le complexe intégré Marina Bay Sands à Singapour.

Tout au long de sa carrière, Safdie a exploré les liens entre l’architecture, la communauté et l’environnement, une philosophie qui trouve son origine dans les ambitions mêmes d’Habitat 67.

Bien que ce bâtiment ait constitué une avancée majeure, bon nombre des propositions plus ambitieuses de Safdie en matière de logements modulaires n’ont jamais été pleinement réalisées sous forme de projets de construction. En effet, les problèmes liés au coût et à la mise en œuvre à grande échelle ont limité la diffusion commerciale de ce concept.

Cependant, cette expérience a laissé une empreinte considérable dans le débat architectural, démontrant que l’architecture résidentielle peut être à la fois sculpturale et socialement orientée.

La vie pendant et après l’exposition

Quant à Habitat 67, il a connu une histoire longue et intéressante. Lors de l’Expo 67, le bâtiment a été présenté comme un symbole de la vie futuriste. Bien qu’au départ, le bâtiment n’ait été habité que temporairement par des invités de marque et des personnalités officielles de l’exposition, il est rapidement devenu un lieu de résidence permanent.

Au cours des décennies, le complexe a évolué d’un prototype à un complexe résidentiel, mais pas sans difficultés. Des problèmes d’infiltration d’eau et d’entretien ont nécessité des travaux de restauration pendant de nombreuses années, y compris une rénovation complète de l’intérieur et de la structure de l’un des bâtiments emblématiques d’origine. D’autant plus que le 50ᵉ anniversaire d’Habitat approchait.

Aujourd’hui, Habitat 67 n’est pas seulement un complexe résidentiel, mais aussi un monument architectural vivant. Il est reconnu comme site culturel et historique, célèbre pour son concept audacieux et son influence évidente sur les débats autour du logement urbain. Des visites guidées y sont organisées, permettant aux visiteurs de se plonger dans la conception du bâtiment, de se promener dans les allées et de visiter les pièces restaurées, y compris le penthouse de Safdie lui-même.

Le complexe continue d’être entretenu par ses résidents et par des services spécialisés dans la préservation du patrimoine, ce qui garantit que cet exemple de modernisme reste habitable. Plusieurs décennies après son inauguration, Habitat 67 témoigne de la force immuable des idées architecturales audacieuses. Il suscite encore aujourd’hui des débats, de l’admiration et de la curiosité, non seulement en tant que vestige de l’Expo 67, mais aussi comme symbole de la manière dont l’architecture peut repenser la structure même de la vie urbaine.

L’influence de Habitat 67 sur l’architecture et l’urbanisme

L’influence d’Habitat 67 dépasse largement les limites de sa présence immédiate sur les rives du Saint-Laurent. Considéré comme l’une des expériences les plus emblématiques dans le domaine de l’habitat modulaire et préfabriqué, il a remis en question les approches traditionnelles de la conception urbaine et inspiré les architectes du monde entier à repenser la façon dont les gens vivent dans les villes.

Ce projet a démontré que les logements à forte densité peuvent à la fois garantir l’intimité, offrir des espaces ouverts et procurer un sentiment d’individualité, ce qui représente un changement radical par rapport à la monotonie des immeubles collectifs du milieu du XXe siècle.

De plus, son approche modulaire a influencé le développement ultérieur de la construction résidentielle, en particulier en Europe, en Asie et en Amérique du Nord, où les architectes ont exploré la possibilité d’assembler des blocs préfabriqués pour créer des environnements urbains flexibles et centrés sur l’humain.

Sources :

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